Cette année, la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a 20 ans ! À cette occasion, l'UBO vous invite à découvrir les dispositifs, recherches et formations autour du handicap au travers de portraits inspirants de ses personnels, étudiantes et étudiants. Portrait #4 : Amandine Dubois est enseignante au département de psychologie et chercheuse au laboratoire de psychologie : cognition, comportement, communication (LP3C). Spécialiste de la perception de la douleur chez les personnes en situation de handicap, elle nous partage son parcours et ses travaux en psychologie du développement.
« Prendre en compte les différences et comprendre les spécificités des personnes en situation de handicap, leur fonctionnement propre, en permettant de mieux les accompagner pour qu'elles puissent évoluer et s'épanouir selon leur propre chemin : c'est très riche scientifiquement, mais aussi d'un point de vue humain. »
Amandine Dubois, enseignante-chercheuse en psychologie du développement
Quel a été votre parcours pour devenir enseignante-chercheure en psychologie ?
Amandine Dubois : J’ai eu un parcours assez classique. J’ai suivi toutes mes études à l’université de Montpellier avec une maîtrise en psychologie, puis un DEA, l’équivalent du master recherche, suivi par une thèse et un post-doctorat. J’ai obtenu un poste de maîtresse de conférence en psychologie du développement à l’UBO en septembre 2011 et j’ai soutenu mon HDR (habilitation à diriger des recherches) en 2024.
Qu’est-ce que la psychologie du développement ?
A.M : La psychologie du développement est une discipline de la psychologie qui s’intéresse à l'étude du développement de l’individu dans sa globalité, soit les fonctions cognitive, sociale, affective… La psychologie du développement s'intéresse à l’évolution des individus en fonction de la période de vie, que ce soit les enfants ou les personnes âgées. On cherche à comprendre et identifier les sources de l’évolution, ce qui va amener le changement. Mais on observe aussi les différences entre les individus, notamment les trajectoires de vie, le développement typique et atypique, dans une approche globale et tenant compte des contextes de vie.
Sur quoi portent vos recherches ?
A.M : Dès le début de mon parcours universitaire, je me suis intéressée aux troubles du développement, plus particulièrement liés aux troubles du spectre de l’autisme (TSA) ou à la déficience intellectuelle. Mon domaine de recherche porte sur la question de la douleur physique : son expression, sa perception et son évaluation. J’étudie notamment des enfants porteurs de trouble qui n’ont pas les mêmes capacités pour communiquer qu’un enfant avec un développement dit “normal”. Pour les comprendre, il faut donc sortir de nos préjugés et nous adapter à leur mode d’expression.
Comment étudier la douleur ?
A.M : L’étude de la perception et de l’expression de la douleur est un sujet éthique et bien sûr très encadré. J’ai donc choisi d’étudier des situations potentiellement douloureuses dans le cadre des soins courants, c'est-à-dire dans la vie quotidienne des patients, par exemple des ponctions ou des actes de rééducation. Pour évaluer la douleur, je me base sur des échelles d’évaluation adaptées aux enfants qui ne communiquent pas verbalement et établies scientifiquement. Ces échelles évaluent différents comportements : les mimiques faciales, l’agitation… on peut aussi se baser sur des indices physiologiques comme le rythme cardiaque. Je compare les données entre une situation que l’on pense douloureuse et une que l’on sait ne pas l’être.
Pour ces études, je travaille avec des structures médicales, comme le CHU de Brest, et des structures qui accompagnent les enfants en situation de handicap, la Fondation Ildys par exemple. D’ailleurs, la question de la douleur émane directement du terrain, parfois ce sont les soignants qui interpellent les scientifiques sur ces questions. Leur intuition leur dit que certains gestes semblent douloureux pour certains patients, mais sans qu’ils puissent l’exprimer. Et c’est tout l’intérêt de la recherche scientifique : confirmer et objectiver des intuitions qui peuvent venir d’une pratique clinique de terrain. Les résultats de certaines études que j’ai menées dans ce cadre ont été intégrées dans des recommandations, notamment des expertises collectives portées par l’INSERM, sur l’accompagnement des personnes en situation de handicap ou polyhandicap par exemple.
Quels sont vos prochains projets ?
A.M : Actuellement, je mène une nouvelle étude sur la prise en charge de la douleur chez les jeunes de 0 à 25 ans avec une déficience intellectuelle modérée à sévère, associée à un polyhandicap ou un TSA. Cette étude est organisée avec l’équipe mobile douleur MoDiDol du CHU de Brest.
Les avancées sur la perception et la prise en charge de la douleur sont très importantes, car c’est une expérience universelle et commune, qui a plusieurs fonctions, notamment vitales, et mobilise plusieurs dimensions de l’organisme. Les avancées en génétique, en neurophysiologie permettent de mieux comprendre les mécanismes biologiques et physiques, qu’il faut allier à la dimension psychologique pour avoir une compréhension globale.
C'est très riche scientifiquement, mais aussi d'un point de vue humain : prendre en compte les différences et comprendre les spécificités des personnes en situation de handicap, leur fonctionnement propre, permet de mieux les accompagner pour qu'elles puissent évoluer et s'épanouir selon leur propre chemin.
Quel est votre meilleur souvenir en tant que chercheure ?
A.M : Je n'ai pas un souvenir en particulier, mais plutôt une satisfaction. Pendant longtemps, il était admis dans le milieu médical que les enfants avec autisme ne ressentaient pas la douleur. Mais c’est faux et j’ai pu le prouver scientifiquement grâce à mes recherches : ils ressentent bien la douleur, mais il ont sûrement des particularités dans la manière de l’exprimer.
C’est ce que j’apprécie vraiment dans le métier de chercheur : l’ouverture aux autres et aux autres disciplines. Pour mener nos recherches, nous sommes obligés de faire des rencontres, c’est une source de connaissance humaine et scientifique riche et positive, et d’ouverture d’esprit.
Et il y a aussi la question de l'utilité. Je mène des recherches cliniques et appliquées qui servent concrètement au quotidien. C'est ce qui me donne le sentiment d'être utile.