Co-création scientifique

Mise à jour le   21/05/2026

Affiner les protocoles par l'implication active

Les méthodologies et formats permettant la création et la diffusion de nouveaux récits en sciences humaines et sociales se démultiplient, en particulier sous des dimensions participatives qui permettant de créer des espaces de discussion, d'information et de sensibilisation impliquant l'ensemble des parties prenantes concernées.
Co-créations testées et diffusées

Largement inspirée par les dimensions participatives du projet Smart Noz, la chaire Noz Breizh a eu à coeur trois ans durant d'expérimenter et de tester la pertinence de nouveaux supports de médiation, d'une part pour favoriser l'implication active des usager·e·s et habitant·e·s dans nos études sur les différents terrains explorés et, d'autre part, pour faciliter leur appréhension et compréhension des dynamiques nocturnes en lien avec l'éclairage public. 

La Cie MonaLuna a pu faciliter les passerelles et dialogues autour de la nuit entre publics avertis et non avertis grâce à un savant mélange de collations, jeux, brise-glaces et temps de collecte de paroles, d’écrits, dessins, captations sonores... menés dans le cadre d'une quarantaine de rencontres, à savoir :

- des permanences artistiques en intérieur (accueillies par les centre sociaux), 

- des arpentages et balades commentées pour se projeter hors les murs, 

- et des stands hybrides animés lors de journées dédiées ou sur des événements rythmant la vie des quartiers étudiés.

Travailler sur le terrain aux côtés de la compagnie de théâtre MonaLuna durant deux ans sur trois quartiers de Brest dans le cadre de Smart Noz a en parallèle permis aux chercheur·e·s de la chaire :

- de capter la parole informelle des habitant⸱e⸱s et leurs représentations,

- d’élargir le cercle de diffusion pour nos enquêtes flash et de faciliter le recrutement pour nos entretiens semi-directifs, 

- d’améliorer notre visibilité auprès d’un public familial et intergénérationnel, y compris pour la présentation de nos résultats et analyses préalables.

La Cie MonaLuna a par ailleurs mobilisé sa sensibilité artistique et sa vocation théâtrale pour expérimenter cette forme d'expression orale et corporelle comme un vecteur pour « capter » la parole et l’attention autour du sujet, en particulier auprès des jeunes publics, ateliers à l'appui. 

L'ensemble des actions menées par MonaLuna dans les quartiers d'étude a ainsi abouti à la création de 3 représentations théâtrales impliquant les habitant·e·s pour mieux restituer leurs paroles concernant ce qui les inquiète la nuit, ce qui les rassure, etc.. Sous un intitulé commun, Les Lumières de la nuit, la Cie MonaLuna a proposé des mises en scène légères et drôles, qui ont permis aux publics présents, plutôt familiaux, d’avoir une approche accessible tout en les invitant à réfléchir à un thème très sérieux, l’éclairage public. 

Transmission de nos méthodologies respectives à l’appui, ce travail conjoint avec la Cie MonaLuna a permis de recueillir et restituer des points de vue et impressions auprès de catégories socio-économiques très diverses.

L’implication directe des acteurs opérationnels du territoire (dont Brest métropole - Service de l’éclairage public) a permis d’alimenter activement les discussions avec les habitant⸱e⸱s et usager⸱e⸱s des quartiers. Autant de croisements qui peuvent permettre de mieux adapter les interventions dans les quartiers.

Dans le cadre de nos projets, nombre de balades exploratoires, diurnes et nocturnes, ont été organisées, notamment en compagnie des chercheur·e·s de la chaire découvrant des terrains d'études qui ne leur étaient pas familiers (par ex. Blue Nights, Noz Num, Mission Bio, Biodiversité et Sociologie). 

A travers les projets Smart Noz puis Noz Bihan, la chaire s'est également appuyée sur la balade sensible comme outil de science participative, impliquant les habitant·e·s des terrains d'étude dans l'arpentage de leur environnement afin : 

  • d’interroger l’éclairage plus concrètement à travers l’oeil des habitant·e·s afin d’articuler les regards et de partager différents vécus et ressentis ;
  • d’inviter des personnes anxieuses par à priori à expérimenter des aspects plus rassurants de la marche de nuit dans leur quartier grâce à une expérience collective encadrée.

Pour mobiliser des participant·e·s, différents supports d'information ont été produits et plusieurs canaux de communication activés. Plusieurs rendez-vous avec les acteurs des territoires ont par ailleurs favorisé le partage de techniques de balades exploratoires nocturnes, conduisant à des formations et mises en pratique de cet outil.

En tant qu'outil, la balade sensible peut toutefois présenter certaines limites :

  • sur certains terrains d'étude, le public présent s’est avéré déjà sensible aux enjeux environnementaux et familier du sujet de la pollution lumineuse ;
  • les participant·e·s étaient le plus souvent résident·e·s adultes, conduisant à des "carences" (usager·e·s non-habitant·e·s, enfants, adolescent·e·s) ;
  • diurne ou nocturne, l’expérience de la marche reste intrinsèquement soumise aux conditions météorologiques, nécessitant une bonne communication et de l’organisation en cas d’aléas et d'annulations ;
  • marcher collectivement de nuit nécessite de la rigueur en encadrement de groupes, en anticipant des matériels adaptés et divers outils de sécurisation de parcours afin d'éviter les accidents, chutes, etc. 

Un atelier professionnel conduit dans le cadre de Noz Bihan a souhaité combiner la balade sensible avec un autre outil de sciences participatives : le podcast. Le groupe d’étudiant·e·s mobilisé sur l’atelier a ainsi bénéficié d’une formation accélérée à la création et à la réalisation de capsules sonores, toutes basées sur des captations réalisées au cours de sorties nocturnes.

Il en est ressorti une série de podcasts intitulée À l’ombre des lumières, qui propose des déambulations nocturnes sonorisées et des interviews de citoyen·ne·s et de chercheur·e·s avec pour fils conducteurs les thèmes de la nuit et de la pollution lumineuse afin d’interroger et de confronter nos rapports individuels et collectifs à l’obscurité et à la lumière artificielle :

Conjuguant leurs disciplines respectives, les chercheur·e·s de la chaire ont cogité sur une manière d'animer un support à la fois ludique et pédagogique autour des problématiques de l'éclairage artificiel la nuit afin qu'il soit adapté aux flux et fréquentations des stands animés lors d'événements grand public.

Il en est ressorti une première version d'un jeu de plateau coopératif d'une durée de ~15 min., "Noz Breizh City : éteins-moi si tu peux", qui s'est avéré très pratique lors de nos animations, auprès des jeunes comme des moins jeunes. 

En synthèse, ce jeu incite à la participation active des coéquipier·e·s, invité·e·s à se projeter dans des rôles d'élu·e·s et citoyen·ne·s au sein d'une ville schématisée selon diverses typologies d'usages et environnements (bâtis, faune, flore). Ces élu·e·s et citoyen·ne·s doivent identifier et chercher un consensus sur les mesures de réduction de l'éclairage public qui semblent faire sens selon des scénarios confrontant diverses contraintes sociales, environnementales, techniques et économiques. 

Au-delà de fournir un support attractif et accessible, ce jeu permet d'inviter à la réflexion de manière légère et intelligente, tout en créant un espace de discussion pour aborder certains paradoxes et conflits d'usage potentiels, en sensibilisant le grand public aux multiples dimensions de la nuit.

En marge du colloque Smart Noz, la chaire Noz s’est associée avec RESSAC, Festival de REchercheS en Sciences, Arts et Création de l’UBO, pour convier le public à interroger son rapport à la nuit au travers de (ré)créations hybrides. 

Expérience conçue par Alice Pennors, JB Moal, Les Chats Cosmiques  et u2042, avec le concours d’étudiant·e·s de l’UBO et d’habitant·e·s de Brest, MonstrAR propose une exposition en réalité augmentée résultant d’ateliers participatifs de figuration libre autour du thème « bestiaire nocturne imaginaire ».  

La création de contenus animés en 3D est ici facilitée grâce à une interface IAssistée, transposée à partir de travaux de chercheurs affiliés à Google Research. Afin de permettre une curation de contenus 3D à « capturer », leur format est aussi optimisé pour améliorer l’interopérabilité avec des plateformes de réalité virtuelle et de réalité augmentée, ici l’application BavAR(t).

Sans nier l’attrait certain que présentent de tels outils pour capter les esprits curieux ou friands de technologies ludiques et interactives, MonstrAR se conclut par une interrogation : Comment sensibiliser de manière cohérente sur la sobriété au travers de technologies dont l’empreinte environnementale est non négligeable, tels les smartphones, l’IA ou la réalité augmentée géolocalisée ? 

Co-créations conceptualisées et prototypées

Après la réalisation d'un état des lieux des dispositifs employés pour mobiliser la participation, conventionnels et émergents, six groupes de travail d’étudiant·e·s de l’UBO ont été sollicités entre 2022 et 2025 pour étudier la conception-production-diffusion de contenus multimédia relatifs à l’étude de la nuit à destination du grand public. Sous la supervision d'Edna Hernández González et d’Alice Pennors, intervenante extérieure en médiation sociale des usages numériques et gestion de projets collaboratifs à l’UBO, ces groupes de travail se sont appuyés sur diverses méthodologies mobilisant l’intelligence collective placée sous contraintes pour accélérer le prototypage d’outils de médiation devant tenir compte des enjeux liés aux publics et territoires ciblés par un cas d’étude unique, le projet Smart Noz

Ces diverses explorations ont été rendues possibles en partie grâce à des financements croisés, obtenus par les partenaires impliqués auprès de la ville de Brest, du Fonds de développement de la vie associative et du Festival RESSAC.

En 2022-2023, les étudiant·e·s de 1ère année en DEUST Technicien des Médias Interactifs et Communicants, UBO, ont été sollicité·e·s pour examiner les contours que pourraient adopter des initiatives numériques et multimédia favorisant la participation et la collaboration entre chercheur·e·s et citoyen·ne·s sur un territoire donné (par ex. Brest, ses quartiers et les communes de Brest métropole). 

Des réflexions collectives sont ressorties quatre préconisations principales, détaillées ci-contre, ainsi que leurs atouts respectifs, ou surtout leurs contraintes face aux impératifs dont est censé se préoccuper tout projet (qualité, coûts, délais)

Au cours des 18 séances de cours magistral, TD et évaluations, les étudiant·e·s ont été plus particulièrement encouragé·e·s à se soucier dès la phase de pré-conception des boucles à revalider régulièrement afin de viser la meilleure mise en adéquation possible entre une intention initiale, souvent théorique, et un support final, soumis à des contraintes très concrètes. 

Aucune des solutions proposées n'est d'ailleurs dénuée d'écueils qu'il s'agirait d'aplanir en tenant bien compte des publics destinataires et des contextes nocturnes propres aux territoires ciblés, point que seul·e·s quelques étudiant·e·s ont soulevé (de manière très à propos).

Afin de collecter des données selon les intentions énoncées par Smart Noz, une seule piste a ensuite fait l'objet d'une réelle étude de faisabilité présentée à la chaire Noz Breizh (par la société u2042, voir ci-contre) : l'hypothèse de combiner des carto-partys, outil participatif actif et mobilisable à Brest, avec Street Complete, une application open source qui favorise la collecte nomades de données SIG et améliore l'accessibilité des contributions à Open Street Map en les simplifiant et en les gamifiant.


En 2023-2024, les étudiant·e·s de 1ère année en DEUST Technicien des Médias Interactifs et Communicants, UBO, ainsi que les étudiant·e·s L3 Géographie et Aménagement, Institut de Géoarchitecture, UBO, ont été mobilisé·e·s pour examiner les contours que pourrait adopter une divulgation scientifique cartographiant les dynamiques nocturnes sur Brest métropole, relativement complexes, sous un format papier original, spécifiquement conçu pour un public profane.  

Le prototypage des cartes a été accéléré en plaçant progressivement les étudiant·e·s face à diverses contraintes tirées au sort (soumises à l'acceptation collective) afin de restreindre petit à petit le champs des outils et solutions opérationnelles à leur disposition tout en optimisant leur recherche d'efficacité face aux impératifs de gestion du temps, de collaboration et de complexité des données à mobiliser.

De ces 8 séances de TD, placées sous la supervision d'Edna Hernández González, Alice Pennors et JB Moal, ont émergé des concepts et prototypes intéressants de cartes multicouches en tant qu'objets, ainsi que des interrogations concernant la relative absence de données disponibles pour précisément décrire les phénomènes nocturnes que serait censée intégrer une cartographie synthétisant les enjeux d'un schéma de cohérence des ambiances nocturnes. 

Un premier prototype de carte a toutefois été designé, finalisé et béta-testé auprès du grand public, servant de support à deux balades nocturnes commentées, organisées et encadrées par RESSAC, Festival de REchercheS en Sciences, Arts et Création de l’UBO, en marge du colloque Smart Noz

Cartes multicouches

Dynamiques nocturnes et données à confronter, d'après les réflexions collectives engagées avec 13 étudiant.e.s en Licence 3 Aménagement et Urbanisme 2023-2024, Institut de Géoarchitecture, UBO

Cartes multicouches

Au printemps 2024, 40 étudiant.e.s en Master 1 Aménagement et Urbanisme, Institut de Géoarchitecture, UBO, ont prolongé le projet Smart Noz en explorant comment mettre en synthèse et en récits leurs analyses territoriales des trois terrains d'étude, c.à.d. les quartiers de Keredern, Kerangoff et Fontaine Margot.

Au cours des 8 séances de TD placées sous la supervision d'Edna Hernández González, d'Alice Pennors et de JB Moal, les étudiant.e.s ont plus particulièrement été invité·e·s à se questionner sur les objectifs et destinataires principaux des supports écrits destinés à restituer leurs recherches, comparaisons avec des données socio-économiques et sondages à l'appui. 

Ielles ont ensuite été encouragé·e·s à explorer des formes de communication, médiation et co-création participative, complétant et "augmentant" ces travaux selon leurs choix et envies par des carnets de photos, croquis sonorisés, maquettes-quiz, campagnes sur flyers ou réseaux sociaux, bandes dessinées... que ce soit à des fins de vulgarisation, de communication et de valorisation, ou d'interaction et de collecte d'opinions. 

Le prototypage des supports a été accéléré en plaçant progressivement les étudiant·e·s face à diverses contraintes afin de restreindre petit à petit le champs des outils et solutions opérationnelles à leur disposition tout en optimisant leur recherche d'efficacité face aux impératifs de gestion du temps, de collaboration et de faisabilité technique, logicielle et matérielle.

Posters enrichis

Les étudiant.e.s ont fait état de fortes envies d'explorations pour restituer leurs travaux en urbanisme, tout en admettant de possibles inadéquations, que ce soit avec les publics ciblés et leur disponibilité, les attentes institutionnelles ou leur propre maîtrise des outils de création-production-diffusion. 

Posters enrichis

En 2024-2025, un dernier groupe de travail constitué d'étudiant·e·s de 1ère année en DEUST Technicien des Médias Interactifs et Communicants, UBO, a prolongé les travaux réalisés dans le cadre du projet Smart Noz pour étudier les formes que pourraient adopter des supports d’information, de communication et d’animation qui seraient eux-mêmes sobres, notamment en éclairages artificiels

Il ‘agissait dans un premier temps d’évaluer quelles pratiques de communication peuvent entrer en cohérence avec les multiples dimensions et territoires au coeur des travaux de la chaire Noz Breizh, en évitant si possible les messages dissonants. Plusieurs possibilités ont été explorées aux côtés des étudiant·e·s, en parallèle d'un rapide examen des référentiels qui se multiplient pour tenter d'évaluer l'empreinte environnementale des médias, de la publicité, des technologies de l’information et de la communication et des industries créatives. 

Dans un second temps, il s'agissait de questionner comment un support de communication, de création ou d'animation pourrait entrer en résonance avec le sujet lui-même, la réduction de l'éclairage artificiel, en stimulant un désir d'obscurité

Il en a découlé CircuLight : plutôt que d'opter pour des formes créatives nocturnes qui s'appuieraient sur des technologies luminescentes, quand bien même peu énergivores, la réflexion s'est orientée vers la récupération de matériaux fonctionnels destinés aux éclairages passifs comme alternatives

Pour limiter le recours aux sources d'éclairage artificiel nocturne, ces derniers pourraient ainsi être réemployés pour "illuminer" des environnements de manière originale et créative, si ce n'est participative... à la condition toutefois qu'ils aient été fabriqués selon les principes de la chimie verte afin que leur réemploi ne soit pas une source de pollutions par la migration de contaminants chimiques et micropolluants nocifs pour la faune, la flore, les sols, la qualité des eaux ou de l'air, etc.