Les Amériques, entre l’Ancien et le Nouveau

Mise à jour le   26/10/2022

Responsable :
Marie-Christine Michaud

 

La thématique générale de recherches du laboratoire HCTI étant « Rapports de force », le groupe « Amériques » se propose de mettre en perspective cette problématique avec celle « de l’Ancien et du Nouveau ». Il s’agira de voir comment des rapports de force qui peuvent se traduire par des conflits mais également par des échanges, des interférences et des déplacements d’influence ont émergé et se sont développés dans les Amériques.

 

Une première partie de la recherche, « Emergences », sera menée sur l’apparition des rapports de force dans les Amériques, entre l’Ancien et le Nouveau. Partant du constat qu’il existe des aspects dynamiques et positifs dans les rapports de force afin de construire sa culture et d’asseoir son identité (Levi-Strauss, Claude, Guerres et commerce chez les Indiens de l’Amérique du sud, 1943), les chercheurs verront comment de nouvelles identités nationales ont émergé, les guerres d’indépendance et les révolutions ayant permis aux Amériques de s’organiser en nations. Cet axe est dans la continuité des recherches déjà engagées par les membres du groupe : on peut alors mettre en parallèle les rapports entre dominé/dominant, culture populaire/culture savante, par exemple quand, à partir de la période coloniale, ce qui était européen était considéré comme Ancien et le modèle à suivre, donc dominant dans les échanges politiques, économiques, culturels et linguistiques, tandis que ce qui était associé à l’Amérique était nouveau, c’est-à-dire peu construit et perfectible. Les mouvements de population, qui ont lieu principalement de l’Europe vers les Amériques, confirment que l’Amérique représentait la terre des opportunités et des nouveaux espoirs.

 

Un second axe, « Persistances et ré-équilibrages ? », se concentrera sur le rétablissement éventuel de l’équilibrage entre Ancien et Nouveau. Celui-ci s’opère notamment à partir du XIXe siècle. On note la persistance des rapports de force qui apparaît à travers des mouvements migratoires massifs et le développement des échanges dans les domaines économiques, politiques et culturels. Cette situation nous amène à nous demander si les relations entre le Nouveau et l’Ancien ne seraient pas plutôt consenties, ce qui n’était pas le cas pendant la période coloniale. Il s’agira de voir si et comment les influences deviennent mutuelles, comment des interférences se produisent, par exemple en littérature (comment certains auteurs ont pu influencer la littérature de l’autre côté de l’Atlantique), en politique (l’histoire des idées, celle du syndicalisme et l’impact de certains modèles institutionnels).

 

Le troisième axe, « Les Nouvelles Modernités », se penchera plus précisément sur les enjeux des rapports entre l’Ancien et le Nouveau pendant la période contemporaine. Les relations ne se déclinent plus nécessairement en termes de rapports de force mais en termes de processus d’influence, voire d’interactions ou « d’interférences » (Fischer, Michael, Ethnicity and the Post-Modern Arts of Memory, 1986). En cette période de mondialisation, l’Ancien et le Nouveau se comprennent en termes temporels (le passé contre le présent) mais également en termes culturels (avec la reconnaissance des cultures aborigènes ou avec les relations entre tradition et modernité), littéraires (comment le modernisme a pris le contre-pied du réalisme européen), linguistiques (entre l’anglais britannique et l’anglais américain, entre l’espagnol ibérique et celui des nations américaines), économiques (dans la perspective de marchés internationaux) ou politiques avec les nouvelles droites et les nouvelles gauches, d’autant plus qu’après la Guerre Froide, l’équilibre mondial a dû se ré-organiser.
L’opposition Ancien/Nouveau trouve un écho dans les relations nord-sud, l’image des Etats-Unis et du Canada étant associée à celle de pays modernes tandis que les pays de la partie sud du continent apparaissent comme des nations toujours en voie de développement, ce qui est contesté par le dynamisme économique récent du Brésil ou la volonté de leadership notamment du Vénézuela, du Brésil ou du Mexique.

Ce programme scientifique adoptera une démarche diachronique et synchronique dans une perspective pluridisciplinaire, cherchant à expliciter les rapports de force et/ou les interactions qui régissent les modes de socialisation ainsi que les cultures dans les Amériques. Une attention particulière sera portée sur les mouvements migratoires et l’exil. En effet, la migration étant intrinsèque à la construction des nations américaines, elle servira de thème de recherche privilégié à l’étude, voire à la théorisation, de la problématique des relations entre Ancien et Nouveau.