Yvanne Bouvet
Maîtresse de conférences en géographie (HDR)
Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur ce champ de recherche ?
Je me suis tournée vers la géographie de la mer grâce à la rencontre pendant mes études à Nantes avec deux enseignants-chercheurs, Jean-Pierre Corlay et Jean Chaussade. Ils ont su me donner le goût du terrain, celui du contact avec les hommes et les femmes qui construisent les territoires. Ils m’ont aussi donné le goût de la rigueur scientifique, confrontant les faits aux discours, les paroles aux actes.
Puis au fil de mes recherches, j’ai rencontré des auteur·es proches de mes sujets d’études, Jean Récher (Le grand métier, 1977), Camille Vallaux (Géographie générale des mers, 1933), Rachel Carson (The Sea Around Us, 1951), et plus récemment Malcom Ferdinand (Une écologie décoloniale, 2019), Guillaume Blanc (L’invention du colonialisme vert, 2020) et bien sûr Mona Chollet (Sorcières, La puissance invaincue des femmes, 2018), … ouvrant mon regard à des visions du monde hétéroclite.
Ce qui continue de me guider après plus de trente ans d’exercices de la recherche, c’est de mettre à jour les conséquences spatiales d’une domination persistante de certains groupes d’humains sur les autres habitant·es de la Terre.
Être enseignante-chercheure en géographie, qu’est-ce que ça signifie pour vous ?
Je ne peux pas séparer mon activité de recherche et celle de l’enseignement. Si j’aime faire de la recherche pour aller à la rencontre des problèmes de notre temps, j’adore enseigner. Et donc la recherche n’a de sens que confrontée aux regards aiguisés que peuvent y porter les étudiant·es, qui viennent questionner son intérêt dans leur apprentissage de la science des citoyens et des territoires qu’est la géographie. Ainsi, partager avec un groupe d’étudiant·es la visite, dès l’aube, d’un port et discuter avec elles et eux du rôle de la pêche dans l’identité d’un territoire reste mon exercice préféré.
Exercice d’admiration
J’ai peu de liens avec l’admiration, je ne suis « fan » de personne. Mon admiration va vers les gens qui me permettent de vivre un quotidien confortable, celles et ceux qui se lèvent de bonne heure (et/ou se couchent tard) pour nous permettre d’avoir des locaux propres, des assiettes remplies, des maladies soignées, une éducation de qualité, des lettres distribuées, des trains à l’heure… bref, des services publics pour tous et chacune. Ce que j’admire dès que possible, ce sont les nuages se déplaçant dans le ciel prenant les contours de pays, les murmurations formant des volutes spectaculaires, et toujours les vagues qui sans cesse déversent la puissance de l’Océan sur les rivages. L’inspiration peut aussi me venir de The Dave Brubeck Quartet (Take five, 1959) pour le changement de rythme, de Hugo Pratt (La Balade de la mer salée, 1975) pour savoir que « l’autorité cela s’use quand on s’en sert », de J.H. Griffin (Dans la peau d’un Noir, 1960) pour approcher l’insondable, et de Luis Sepulveda (Le monde du bout du monde, 1996) pour la beauté de la fin de la Terre.
Actualité
Colloque Le poisson et l’Atlantique - Approches sociales et environnementales, discours et représentations
18 et 19 juin 2026
Amphi Quesnel, pôle Pierre-Jakez-Hélias à Quimper
Projection-débat du documentaire Les petits graviers de Saint-Pierre, de Laurent Giraudineau, le 18 juin à 17h30
Coorganisé par Yvanne Bouvet et Julien Bachelier