Un exemple d’urchronie antique : Alexandre aurait été défait par les Romains s’il les avait attaqués

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À 18h00
Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Amphi 1
RDV-mercredi-11fev26

Un exemple d’urchronie antique : Alexandre aurait été défait par les Romains s’il les avait attaqués (à propos de Tite-Live, IX, 17-19)

Conférence de Dominique Briquel, professeur émérite à Sorbonne Université / Directeur d’études émérite à l’École Pratique des Hautes Études
 

(contact : estelle.bedon@univ-brest.fr)
Le livre IX de Tite-Live commence par le récit du désastre humiliant que fut pour Rome la capitulation de ses légions, bloquées dans le défilé des Fourches Caudines par l’ennemi samnite et contraintes à passer sous le joug. Le reste du livre est consacré au lent redressement de Rome, jusqu’à la conclusion d’une paix victorieuse sur l’ennemi qui avait cru anéantir à tout jamais ses forces. Mais cette victoire finale est précédée par une victoire qui relève de l’imaginaire : celle que, selon l’historien, les Romains auraient été remportée sur Alexandre le Grand s’il s’était avisé de se lancer dans une guerre en Italie. Tite-Live développe complaisamment, sur trois chapitres, les raisons pour lesquelles, selon lui, le conquérant de l’Orient aurait été vaincu par les Romains – non sans une certaine mauvaise foi et en avançant des arguments souvent biaisés. Il reprend par là un thème d’histoire-fiction déjà connu à Rome, puisque, dans le discours qu’il fit au Sénat pour dissuader ses compatriotes d’accepter les propositions de paix de Pyrrhus et qui était considéré comme un des premiers morceaux d’éloquence de la littérature latine, Appius Claudius Caecus y avait eu recours. Mais il témoigne de ce que les Romains, qui se considéraient comme la puissance militaire la plus forte au monde, supportaient mal que, dans le monde d’alors, le Macédonien fût tenu comme le meilleur général, bien supérieur à n’importe quel chef romain. Et, dans l’architecture du livre IX, ce morceau d’urchronie a une fonction précise : il sert à montrer que, même après une catastrophe aussi grave que celle des Fourches Caudines, Rome est capable de l’emporter sur ses ennemis.