Conférence de Aude Durand, docteure en histoire romaine et membre de l'EFR (en visioconférence depuis l’École Française de Rome).
Contact : mariehelene.delavaudroux@univ-brest.fr
La paléodémographie estime que dans les populations préjennériennes moins d'un enfant sur deux atteignait l'âge adulte. Or les immatures apparaissent relativement peu dans les nécropoles d'époque romaine, que ce soit dans l'affichage mémoriel fourni par les inscriptions ou les représentations figurées, que dans les données révélées par l'archéologie. À Pompéi, les tombeaux mis au jour dans les différentes nécropoles à la sortie de la ville, construits entre les dernières années de la République et l'époque flavienne, confirment ce constat ; ils présentent par ailleurs l'avantage de permettre une mise en regard des données épigraphiques avec les vestiges matériels, invitant à réfléchir à la place particulière qu'occupaient certains enfants dans les familles et la société pompéiennes. S'ils sont largement sous-représentés dans les nécropoles de la colonie, certains d'entre eux sont néanmoins accueillis dans les tombeaux familiaux, parfois avec une place de choix et un traitement mémoriel privilégié : ici le rapprochement volontaire de deux urnes témoigne de relations fortes nouées dans le giron familial, là se devine l'espoir perdu d'une succession familiale à cause d'une mort prématurée. L'enclos funéraire apparaît comme l'espace où se faisait et se défaisait la mémoire familiale, dans une société où l'omniprésence de la mort forçait à réorienter sans cesse les stratégies familiales. Quelles familles accueillaient donc certains de leurs enfants dans leur enclos ? Confrontés aux textes anciens, les données ostéologiques, le mobilier funéraire et l'organisation interne de quelques tombeaux pompéiens permettent de mieux saisir les raisons ayant incité les proches à parfois intégrer des enfants morts prématurément. De même, c'est à la lumière des données textuelles (littéraires ou juridiques) que se comprend le décalage parfois observé entre l'âge indiqué sur certaines épitaphes d'enfants et l'âge au décès donné par l'ostéologie.
S'inscrivant dans les approches ascendantes des sociétés antiques (« bottom-up history »), cette communication propose une enquête pluridisciplinaire visant à mieux appréhender le statut des enfants dans une petite colonie romaine du début de l'Empire.