Naissance d’une université

Le
Lieu à définir
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Le 1er janvier 2015, la communauté urbaine de Brest est devenue métropole en dépit de l’écart démographique important qui l’éloignait des critères d’abord énoncés pour briguer ce statut, auquel neuf agglomérations françaises seulement pouvaient régulièrement prétendre. Elle fut alors la seule à bénéficier d’une dérogation, parce qu’elle « intégrait des compétences et exerçait déjà des fonctions métropolitaines ». Parmi celles-ci, l’université tenait une place déterminante, confirmant l’intuition exprimée en janvier 1957 par Yves Le Gallo, alors professeur au lycée de Brest, dans un document fondateur de 24 pages intitulé Brest, son avenir et l’enseignement supérieur. Ce dernier y était présenté comme la pierre philosophale qui permettrait l’indispensable transmutation de Brest, ville lacunaire, dépourvue d’instances politiques ou économiques civiles significatives, seulement sous-préfecture. Surtout, il lui permettrait d’acquérir la légitimité qui lui faisait défaut en Basse-Bretagne, dont elle était pourtant le seul grand centre urbain.


Le propos séduisit vite la classe politique brestoise en quête de projets déterminants pour la ville renaissante : le 25 mars 1957, le conseil municipal vota à l’unanimité le vœu qu’on installât un enseignement supérieur à Brest. Ce désir, qui eût été illusoire quelques années plus tôt, ne l’était plus. En effet, dans le cadre de la nouvelle politique d’aménagement du territoire, un plan avait été mis à l’étude au sein du ministère de l’Éducation nationale, qui envisageait la création de collèges universitaires délocalisés. Le Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons (CELIB), alors à son meilleur, en avait évidemment accueilli favorablement l’augure, offrant à Le Gallo l’occasion de développer ses arguments lors de son assemblée générale convoquée à Carhaix le 2 décembre 1957. Il s’était à nouveau placé résolument dans une optique aménagiste :
« Il est banal de parler de sous-équipement de la Basse-Bretagne du point de vue économique et social. Il est moins banal de parler de l’inéquipement de la Basse-Bretagne sur le plan de l’enseignement supérieur. Pourtant, cet inéquipement-ci n’est-il pas l’une des causes essentielles de cet inéquipement-là ? Je suis persuadé que la promotion de Brest au rang de ville d’intelligence aboutirait à mettre en valeur dans des délais rapides une situation géographique et un site portuaire d’envergure mondiale, dont on ne saisit guère encore l’exceptionnel intérêt parce que leur pleine efficacité ne pourra se manifester que sur le plan économique supra-national ».

Prezegenn : ganedigezh ur skol-veur

Evit Yves ar Gallo, an deskadurezh e oa maen ar furien a c’hallfe ober eus Brest ur gêr-borzh a bouez er bed, ha sikour he lañs sokio-ekonomikel. En deiz hiziv ez eo Brest ur gwir veurgêr, anavezet evel kêr-benn Breizh-Izel hiviziken. Moarvat ez eus bet c’hoariet ur roll e kement-se gant diorroadur ar skol-veur hag e heuliadoù war meur a dachenn. Kontañ a ra ar brezegenn-mañ penaos e oa bet krouet ur skol-veur en ur gêr a adsaved, dre un hent skosellek a-wechoù, lakaet startoc’h gant nec’h tud Roazhon ha Naoned.


En dépit des circonvolutions du demi-siècle écoulé et des ajustements qu’elles imposèrent, l’essentiel du pari fut tenu. Nous savons que le chemin, ouvert le 8 octobre 1957, où Brest figura parmi les six villes qui seraient dotées des premiers collèges scientifiques universitaires, fut souvent cahoteux, compliqué longtemps des inquiétudes de Rennes, alors titulaire de la seule université bretonne et à la tête d’une académie de sept départements, que les revendications de Nantes, en passe d’aboutir, menaçaient. Mais, de collèges devenus facultés, en écoles et en instituts, préméditée dans la totalité des domaines, l’université fut décidée le 27 mars 1969 et effectivement créée le 17 décembre 1970. Son développement et ses répercussions dans de multiples champs ont fait de Brest « la ville de l’intelligence » espérée et une authentique métropole, capitale désormais reconnue de la Bretagne occidentale.

 


Daniel Le Couedic